En 1938 les Sœurs de Notre-Dame des Apôtres acquièrent une belle maison de maître au 34 de la rue Bartholdi. Elle est destinée à devenir à la fois un foyer féminin et un lieu de repos pour les Sœurs alsaciennes qui reviennent fatiguées des pays de mission. La période mouvementée de la guerre (1939-1945) ne permet pas à ces projets de voir le jour tout de suite. Ce n’est qu’à partir de 1946 que le foyer commence à se développer. A midi, des repas sont servis à des employées des Postes, à des élèves et aux aumôniers de l’école Saint-Jean et des lycées.

   En 1960, en même temps que se crée l’Association du Foyer de Jeunes Filles Notre-Dame des Apôtres, le foyer prend plus d’importance en offrant l’hébergement complet à des jeunes filles étudiantes ou salariées. En 1962 on compte 32 étudiantes et 20 employées pour le repas de midi. Les locaux devenant trop petits, une première extension est décidée. De nombreuses améliorations sont apportées en même temps dans l’équipement de la maison, l’aménagement des salles et pour la vie au foyer.

Cependant, dès 1965, une diminution du nombre des pensionnaires est constatée : des collèges s’ouvrent dans les cantons environnants, donc moins de jeunes viennent étudier sur Colmar. Et pour les plus grandes, il faudrait transformer les dortoirs en chambres individuelles. Le foyer se contente alors d’augmenter sa capacité d’accueil des demi-pensionnaires et fonctionne ainsi jusqu’en 1971.

A cette date une nouvelle orientation est prise : à cause de l’âge ou de la maladie, des Sœurs commencent à rentrer nombreuses d’Afrique ou du Moyen Orient. Le Foyer de Jeunes Filles devient Maison de Retraite Notre-Dame des Apôtres. Une seconde extension des bâtiments est entreprise. La maison, prise en charge par la DDASS, est habilitée à recevoir trente sœurs à la retraite.

De 1971 à 2001 la direction de la maison, à la fois maison de retraite et grosse communauté, est assumée par une sœur. Successivement Marguerite Baumer, Cécile Heinrich et Marthe Marie Krauss porteront les deux casquettes de directrice de la maison de retraite et de responsable de la communauté. Pour les différents services (cuisine, entretien, blanchissage, soins …), elles sont aidées par du personnel laïc et par d’autres sœurs retraitées qui assument encore bon nombre de petites tâches. L’Association gestionnaire apporte son soutien et ses compétences dans les domaines qui lui sont propres. Chaque année des aménagements sont entrepris pour le bien-être des sœurs et les mises aux normes exigées.

Cependant en 2001, vu l’âge, la santé des sœurs et la complexité que représente de nos jours la gestion d’une maison de retraite, la Congrégation et l’Association gestionnaire locale confient à l’Association PSA (Partage Solidarité Accueil) le soin de faire appel à un directeur laïc, Mr Moor. Lui-même embauche bientôt du personnel pour remplacer les sœurs qui ne peuvent plus assurer le travail. Par ailleurs une réhabilitation des bâtiments est décidée. Malgré les travaux effectués régulièrement, une mise aux normes des locaux s’impose, d’autant qu’un accueil de résidents laïques est envisagé.

En 2003 l’Association PSA reprend en gestion complète la maison de Colmar.

Le chantier va se révéler très important et dure plus de trois ans, du début 2006 à fin 2009 : démolition et reconstruction d’une aile existante, construction d’une nouvelle aile, réhabilitation complète de la partie la plus ancienne. C’est un bâtiment entièrement nouveau qui est inauguré le 20 octobre 2009 en présence d’un représentant de l’évêque Monseigneur Grallet, des autorités civiles et des organismes de tutelle du département.

Depuis le début de l’année 2009, la maison de retraite devenue EPHAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) accueille 52 résidents, actuellement : 26 sœurs et 26 laïques dont deux couples, deux messieurs et un prêtre diocésain. Elle emploie une trentaine de salariés et un service de restauration (API) qui élabore les menus sur place. La maison située à cinq minutes du centre ville et proche de la plaine maraîchère permet courses ou promenades faciles pour celles qui le veulent. A vrai dire, c’est plutôt pour celles qui le peuvent. Car les années augmentant les misères, les escapades se font plus rares. Les sorties programmées par la maison ont aussi moins de succès. A l’intérieur, des activités sont proposées chaque jour, chacun peut choisir : revue de presse, chant, loto, bricolage divers, atelier mémoire, relaxation, gymnastique douce, parfois confection de pâtisserie.

L’ensemble du personnel est d’une grande gentillesse et disponibilité, respectueux de ce que nous voulons vivre. Tous cherchent à faciliter les gestes de la vie.

   Nous bénéficions aussi d’une jolie chapelle, mais avons beaucoup de mal à trouver des célébrants pour l’Eucharistie. En Alsace comme partout les prêtres se font rares. En revanche, la chapelle accueille non seulement nos offices, mais des causeries, certaines réunions communautaires -la salle de communauté étant trop petite pour 26 personnes- et beaucoup d’informations que nous ne saurions où communiquer. Le Seigneur est donc aux premières loges pour participer à notre vie quotidienne : conseils pratiques, remarques, suggestions, grognements, sourires … après tout, ces rencontres doivent bien lui rappeler quelque chose de semblable vécu du côté de Béthanie il y a deux mille ans … rien de nouveau sous le soleil !

Si notre cadre de vie a changé, ce qui nous a attiré à NDA demeure : l’amour du Seigneur et le désir de le faire connaître. Certes, le temps n’est plus aux courses dans la brousse, aux tournées apostoliques dans les villages, au travail jusqu’à point d’heure au dispensaire ou en classe. Pour cela d’autres prennent le relais. Mais la prière, l’entraide, les épreuves dues à l’âge ou à la maladie à assumer sans (trop) peser sur les voisines, le sourire à celle qui est triste ou fatiguée constituent aussi un vaste champ où le Royaume de Dieu peut être annoncé, discrètement mais tout aussi efficacement. C’est notre terrain de mission désormais. Et il n’est pas sûr qu’il soit plus aisé à parcourir que celui de nos jeunes années. Mais une chose est certaine, c’est celui où Dieu nous rejoint aujourd’hui.

             Soeur Françoise DELAHAYE